De la « pédagogie » d’un radar

Au printemps dernier, les automobilistes français se sont émus de la suppression des avertisseurs de radars au profit de radars dits « pédagogiques ». Désormais, chaque automobiliste est prévenu qu’il est susceptible d’être flashé un peu plus loin s’il roule trop vite. On peut alors s’interroger : qu’est-ce qui différencie un radar « pédagogique » d’un radar « non pédagogique » ? D’ailleurs, si ces nouveaux radars sont pédagogiques, comment doit-on qualifier les autres modèles ? Radars « répressifs » ? Radars « punitifs » ?

Plusieurs modèles de radars pédagogiques coexistent. Certains affichent un smiley content pour féliciter les automobilistes respectueux de la vitesse et, a contrario, un smiley renfrogné lorsque la vitesse contrôlée est excessive. D’autres, plus sophistiqués, affichent la vitesse mesurée assortie du nombre de points perdus et du montant de l’amende que vous auriez reçue si le radar n’avait pas été « pédagogique » mais « punitif ». On le voit, le but est de sensibiliser les automobilistes à leur vitesse réelle. Sachant ce que nous aurions encouru face à un « vrai » radar et soulagés de ne pas payer d’amende, nous serions ainsi plus enclins à lever le pied.

Bien sûr, il ne s’agit pas de contester l’installation des radars au bord des routes et la création du permis à points. Entre 2002 et 2010, ces mesures ont permis une diminution de la vitesse moyenne de 10% et ont fait chuter le nombre des morts de 11 000 sur les routes françaises. Pour autant, on peut critiquer l’emploi intempestif du qualificatif « pédagogique ». Françoise Raynal et Alain Rieunier, dans « Pédagogie, dictionnaire des concepts clés », définissent la pédagogie comme « une activité déployée par une personne (ou un radar ?) pour développer des apprentissages chez autrui ». Or, le respect du code de la route ne peut être considéré comme un objectif d’apprentissage. Il s’agit d’une loi. Et nul n’est censé l’ignorer. Appliquer des notions de pédagogie au droit reviendrait à dire que les délinquants seraient non pas des « hors-la-loi » mais « des apprenants rencontrant des difficultés d’apprentissage ». Imaginons les mesures pédagogiques à mettre en œuvre pour amener les braqueurs de fourgons blindés à ne pas s’emparer par la force de leur butin. Faudrait-il indiquer sur le fourgon : « Attention, le contenu de ce fourgon ne vous appartient pas. Si vous vous en emparez, vous vous exposerez à des sanctions pénales ». D’ailleurs, les sanctions seraient-elles toujours de mise ? Ne faudrait-il pas imaginer à la place des mesures de remédiation ?
Bien sûr que non ! Lorsque l’on s’adresse à des adultes responsables, la loi n’a pas besoin de pédagogie pour s’appliquer. Alors, laissons une fois pour toutes la pédagogie aux professionnels de l’éducation et de la formation !

Karine Affaton

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