La FOAD est-elle adaptée à tous ?

photo JCMReformulée par nous grossièrement, cette question se trouve au cœur des travaux de Jean Frayssinhes. Dans son ouvrage récent, L’apprenant adulte à l’ère du numérique (L’Harmattan, 2012) l’auteur reprend les résultats de recherche présentés dans sa thèse de doctorat en sciences de l’éducation. Homme de terrain tout autant que chercheur, son questionnement fait mouche :

« 1/ Tous les apprenants peuvent-ils apprendre dans un processus de FOAD ? 2/ Comment les apprenants adultes qui ont réussi leur formation apprennent-ils dans un dispositif de Formation Ouverte et A Distance ? 3/ Quels sont les processus et les stratégies mis en œuvre par ceux qui ont réussi  à suivre avec succès leur formation ?… »

Sa recherche est menée auprès 620 étudiants, participant à diverses FOAD, dans une vingtaine de dispositifs. Il examine 4 hypothèses de recherche :

« 1/ Tout le monde ne peut pas réussir à suivre avec succès une FOAD  ou, n’est pas apprenant dans un concept de FOAD qui veut. 2/ Ceux qui ont réussi montrent des capacités et des compétences individuelles qui peuvent expliquer leur succès. 3/ Le style d’apprentissage dominant peut expliquer la réussite de l’apprenant. 4/ La capacité d’auto-apprentissage (version auto-direction) peut également expliquer la réussite de l’apprenant. (p. 256-257)»

De ses conclusions nuancées, nous comprenons que si tout le monde ne peut pas réussir un apprentissage en FOAD, aucun style d’apprentissage, parmi les 4 étudiés,  n’empêche de réussir en FOAD, au contraire. Ces 4 profils présentés et détaillés sont : Méthodique-Réflexif, Méthodique-Pragmatique, Intuitif-Réflexif et Intuitif-Pragmatique.

Il semble que les apprenants qui réussissent se trouvent dans chacun de ces profils, mais pour Jean Frayssinhes, « la somme de compétences, attitudes et aptitudes diverses, nécessaires pour suivre avec succès une formation en ligne, n’est pas disponible chez tous les apprenants. » Et il ajoute : « La somme des difficultés rencontrées explique le taux d’abandon et d’échec important, car tous les apprenants ne disposent pas de la méthodologie, de l’autonomie, de la motivation, nécessaires pour suivre avec succès une formation en ligne. (p.261) »

Mais alors, comment réussit-on ? « Pour suivre avec succès une formation en ligne, il est nécessaire d’avoir un style préférentiel sur lequel s’appuyer, car il représente le moteur de l’action » nous dit l’auteur. On peut être un apprenant méthodique, avec de bonnes capacités d’auto-direction de son apprentissage, « dont les principaux points forts sont la maîtrise, la planification, et l’organisation de leur apprentissage, ainsi que la métacognition, et l’orientation FOAD positive. (p. 262)» Mais à l’opposé de ce style, on trouve aussi des apprenants avec un profil « intuitif » très marqué et des capacités d’auto-apprentissage plutôt moyennes. Ces apprenants font également preuve d’une appétence pour la FOAD et les outils numériques. Finalement, il ne semble pas possible de réduire ces conditions de réussite à un petit nombre de critères déterminants.

En regard de sa 3ème hypothèse, la réponse de Jean Frayssinhes est d’ailleurs très nette. La réussite de l’apprentissage n’est pas attribuable à un style particulier. « Aucun style n’est « supérieur » à un autre, et le style seul ne peut pas discriminer les futurs apprenants en ligne. (p. 263) » Chacun des 4 profils présentés peut donc réussir en FAD.

Le rôle des capacités d’auto-direction de l’apprentissage est examiné dans sa recherche et celles-ci ne peuvent être considérées de manière isolée comme déterminantes pour la réussite en FOAD. « Les compétences auto-apprenantes des participants à l’étude sont un atout incontestable pour apprendre, notamment dans le processus de FOAD, mais selon nous, ces compétences seules ne sont pas suffisantes pour expliquer la réussite des apprenants. Seule la conjonction des styles dominants et des capacités d’auto-apprentissage peut expliquer la réussite des apprenants adultes dans un processus de FOAD. (p. 263) »

Outre les critères étudiés dans cette recherche – styles d’apprentissage, capacités d’auto-direction, appétence pour l’apprentissage numérique – nous pensons avec l’auteur que d’autres paramètres méritent d’être pris en compte pour expliquer réussites et échecs en FOAD. « Nous n’avons pas tenu compte des supports pédagogiques qui étaient mis en ligne, ni la façon dont ils étaient conçus (découpage, médiatisation…), ni l’organisation des apprentissages qui étaient proposés aux apprenants (seul, en groupe collaboratif, étude de cas, résolution de problème..), ni le tutorat dont ils faisaient l’objet (étaient-ils encadrés, tutorés, comment, selon quelle fréquence..), autant de points qui ont également une influence sur la qualité de l’apprentissage des adultes et qui demanderaient à être étudiés.. (p. 267) » D’après notre expérience de terrain dans le dispositif Net-Trainers, il semble en effet que l’organisation collective des apprentissages, plus exactement l’alternance individuel-collectif, constitue par exemple un facteur qui influe très nettement sur la réduction des abandons et sur la réussite finale.

Jean-Claude Maurin

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